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Mercredi 25 mai 2011 3 25 /05 /Mai /2011 19:38

C’est au détour d’une étroite ruelle que nous apparut une petite échoppe aux objets hétéroclites. D’abord intrigués, nous décidâmes de franchir le pas de la porte, accueillis alors par la voix d’un sage - digne des meilleures réalisations hollywoodiennes. Son salut simple mais chaleureux nous poussa à nous dévoiler et nous fûmes très vite invités à prendre place. Ainsi s’achevait notre balade printanière, laissant place à un cheminement qui relevait davantage du spirituel. Ce n’est qu’une heure plus tard que nous reprenions notre route. Une chose ne faisait alors pas l’ombre d’un doute : cet homme n’était pas un histrion, non, cet homme était philosophe. Cet homme était LE potier-philosophe.

 

Assis chacun sur un tabouret boisé, de touristes intrigués, nous devînmes soudainement des disciples curieux et émerveillés, laissant libre cours à notre pensée. Ainsi, quand bien même il serait vraisemblablement prétentieux de nous comparer à Platon et Socrate, nous avions pourtant le sentiment  d’avoir, à ce moment, caressé la philosophie. Cet échange que nous avons eu avec cet homme dont le regard révélait une immense sagesse, s’il ne nous a apporté nulle clé ni pour passer le bac haut la main, ni la recette pour changer le plomb en or, nous a considérablement enrichis, non pas matériellement mais spirituellement.

 

Il est totalement illusoire de penser transmettre ce que nous avons pu recevoir par ces quelques mots gribouillés un dimanche soir, mais rien ne nous empêche de nous en efforcer. Nous deux, jeunes disciples/Term S un peu perdus, nous sommes souvent demandés où résidait réellement la philosophie. Cette image – certes factice - d’un philosophe s’étant finalement reconverti au travail manuel suscitait davantage d’interrogations. Ce fut ainsi ce que nous évoquâmes en premier lieu, posant naïvement la question à notre maître improvisé. La réponse nous laissa quelque peu rêveurs. Ne pourrait-on pas accéder à la philosophie en faisant, simplement, ce dans quoi le désir nous pousse à nous engager, tout en gardant un temps pour la contemplation ? Un instant perplexe, nous songeâmes alors à la sagesse sourde des paysans, fraîche et naturelle, - garder des chèvres dans le mont Ventoux est une activité hautement contemplative, testé pour vous ! – s’en suivit un parallèle avec notre orientation future, vite établi.

 

Mais ces paroles nous firent dévier sur les dangers de la société, celle-là même qui pousse au port d’un masque que tout un chacun revêt dès son réveil pour masquer sa sensibilité. Nous considérions alors avoir une chance immense d’échanger avec cet homme qui nous accueillait simplement et chaleureusement dans son échoppe, entre les bols bariolés et des tableaux aux couleurs tantôt vives, tantôt pastels, sous nos pieds, du sable. Mais très vite, nous vînmes à penser que cet « ici et maintenant » n’aurait jamais dû être une exception, mais bien chose courante. Comment ne pas déplorer cette fermeture mutuelle entre les hommes ? Si nous portons un masque, c’est que nous avons peur, peur de l’image qu’autrui nous projette, peur du poison émotionnel. En outre, nous reproduisons le même schéma, nous complaisant presque dans celui-ci.

 

Nous rêvions alors, tous trois, de pouvoir sans crainte s’adresser à un passant, à son voisin, à n’importe quel inconnu en étant accueilli comme un frère ou une sœur, comme s’il était évident que le dialogue, en plus d’être plaisant, était nécessaire. Nécessaire à la construction de chaque individu, nécessaire à la recherche du juste. Mais nous espérions aussi voir plus d’un homme, retrouvant une sensibilité innée, recouvrer un regard naïf et émerveillé sur le monde. Et c’est à nous, qui sommes dans la fleur de la jeunesse, qu’il appartient d’ouvrir les yeux et de redonner à la sensibilité sa place usurpée par le faux-semblant.

 

Stella J. & Alexis S-D.

 

old old old monk by FrenulumKu

Par Le Masque aux Fissures - Publié dans : Un regard sur le Monde
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 21:51

Chimères ! Sirènes ! Sourient, envoûtent, dévorent. L’Homme n’est qu’un mirage qu’il est vain de vanter. Acculé, dos au mur, les convictions volent inévitablement en éclat. Subsistent l’âme amochée, l’esprit sanglant, le corps laminé.

J’ai cru si longtemps, pauvre fou, qu’il restait de l’espoir. Qu’il soit infime m’importait peu, croyant qu’il n’appartienne qu’à nous de l’attiser et de le rendre plus fort. Mais chaque jour, chaque rencontre, chaque pas, réduit cet espoir au néant. Je croyais en ceux qui marchaient à mes côtés, mes compagnons de route au sourire enchanteur. Lorsqu’ils se sont effondrés, je les ai relevés. Lorsque j’ai chu, ils m’ont piétiné. Je croyais en leur sourire, je croyais en leurs paroles, je croyais en eux. Eux ne croient rien, agissent sans vergogne, mordent, blessent, tuent. Ils ont aspiré le dernier souffle de ceux que la compassion animait, les laissant agonisant, jusqu’à ce que la mort vienne les saisir. J'ai soif de vengeance, au nom de mes morts.

Assassins de vie, destructeurs de l’humanité, ils paieront tous. Un jour, justice sera rendue. Un jour, hurleront ces pauvres hères, dévorés par les flammes. Leurs corps décharnés s’embrasant comme de la paille, et laissant dans l’air une vague odeur âcre. De mes mains je les trainerai, de mes mains je les attacherai, de mes mains j’allumerai le feu purificateur. Et de mes yeux qui n’ont que trop pleuré, je verrai renaître l’humanité de ses cendres. 

Par Le Masque aux Fissures - Publié dans : L'histoire d'une Vie...
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 11:16

Enfin, libre. Il n’est pas aisé d’imaginer ce qu’Aung San Suu Kyi a pu ressentir, en ce début de novembre, voyant les portes de la liberté s’ouvrir devant elle, tandis que les barrières se levaient. Ces sept années durant lesquelles elle fut assignée à résidence, surveillée par la milice de la junte, au pouvoir en Birmanie, n’ont entaché ni sa volonté, ni ses valeurs.

Secrétaire générale depuis les années 90 de la Ligue Nationale pour la Démocratie, celle qu’on appelle « la Dame » n’a pas cessé un instant de se battre, dans la continuité des actes de son père, le général Aung San, instaurateur de la démocratie Birmane, et trop tôt renversé. Sœur dans le combat du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, qui prônaient également la non-violence, c’est à poing nus et armée de sa seule parole qu’elle mène son action et c’est ce visage aminci par des années de détention qui est l’image porteuse de l’espoir pour un peuple. Ce sont ses paroles, relayées autant que possible par la presse, qui sont le symbole de la volonté de ce même peuple, oppressé et bâillonné par la dictature militaire.

Honorée du prix Nobel de la Paix en 1991, elle a été conviée par le comité à Oslo pour recevoir la distinction, pour laquelle elle n’avait pas été autorisée à quitter la Birmanie. Elle doit également rencontrer d’ici peu des représentants de l’ONU, qui a d’ailleurs œuvré pour sa libération, à l’instar de nombre de personnalités et de gouvernements, on a par exemple pu entendre Jane Birkin chanter Aung San Suu Kyi.  Au-delà de son implication politique, celle qui est aussi une mère, peut enfin revoir ses fils, qu’elle n’a pas pu embrasser depuis dix ans.

On peut se joindre à l’espoir birman, que la libération sans condition d’Aung San Suu Kyi sera le point de départ d’une révolution politique, que bien des peuples attendent encore.

 

http://legrandvillage.files.wordpress.com/2009/05/aung-san-suu-kyi.jpg

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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 23:54

Fouettés par le vent d’octobre, battus par la pluie et les éléments, les arbres ne vacillent pas. Seules les feuilles s’envolent au gré du souffle d’automne. L’habituelle inertie de ces quelques mois, durant lesquels seule la nature semble promise à la dégénérescence, a été devancée par une agitation singulière et d’une rare violence. Le gémissement de la tempête a laissé place aux cris des revendications, et tandis que choient les feuilles, tombent les masques.

Mes pas m’entrainent dans la masse, au milieu d’une foule brutale et sans limites. Mon cœur se serre, l’idéalisme dont je suis le porteur vole en éclat. Si je croyais en un être supérieur au-dessus de moi, je lui demanderais pourquoi et surtout comment nous sommes arrivés à une telle déliquescence de l’humanité et le supplierais de mettre un terme à ce qui m’apparaît comme l’apocalypse. La situation est cependant bien trop dramatique pour faire appel à un libre arbitre quelconque ni à un Dieu quelconque d’ailleurs. Il ne reste que l’Homme face à lui-même, face à ses failles. Autour de moi une fumée âcre me brûle les yeux et la gorge, je ne veux plus voir : contempler la déchéance humaine m’est insupportable. Autour de moi, on court, on fuit une menace, je ne sais plus laquelle, eux-mêmes ne le savent plus.

Quelqu’un me heurte et me jette au sol. Soudainement, tout s’enflamme, une détonation résonne, et me voici seul. Seul le crépitement des flammes à quelques mètres de moi trouble le silence. Je ne distingue plus qu’un vague et ocre brouillard, accompagné de la chaleur étouffante des explosions qui m’encerclent. Serait-ce l’Enfer, dans lequel l’humanité s’est précipitée ? Je discerne un vague mouvement près de moi, une silhouette indistincte approche. Elle semble errer, trainant derrière elle une sorte de cape tricolore, dont l’éclat a perdu de sa vivacité. Elle m’aide à me redresser, malgré son affaiblissement, malgré la mélancolie que je lis dans son regard, tant elle frôle si quotidiennement la mort. Frappée tour à tour par chacun des belligérants pour qui elle n’est devenue qu’une simple figure, souvent bafouée, parfois brandie.

Sa détresse est telle que j’aimerais la soutenir, la faire redevenir reine. Si je ne peux, seul, lui redonner sa vigueur d’antan, je porterai ses couleurs, et serai son champion. Mes actes n’auront qu’une bien mince portée mais qu’importe. Je l’embrasse alors et cours rejoindre ceux qui mènent un autre combat, en lequel je ne me reconnais certes pas, mais qui sera le support de ma bataille pour la démocratie et ses valeurs.

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2008/05/01/20080501PHOWWW00041.jpg

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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 17:44

Ils étaient sept. Sept moines de la communauté de Tibhirine, celle que fait revivre, pour nous, Xavier Beauvois, dans Des Hommes et des Dieux. S’aventurant sur un terrain où on ne l’attendait pas, le réalisateur reprend les trois dernières années de la vie de ce prieuré, perché dans les hauteurs de l’Atlas, unique rempart face à la violence de l’Algérie des années 1990. Ces trappistes, frères cisterciens, aidés de bien maigres moyens, vinrent en aide, tout au long de l’existence de ce monastère, à ceux dans le besoin, sans considération pour l’âge, le sexe, les actes. Ils savaient ne voir en ces nécessiteux que des Hommes, et les traitaient comme tels, accomplissant des actes d’une beauté rare.

Au fil des images et des chants débordant de grâce, on peut sentir cet esprit de communauté, la force des liens qui unit ces hommes. Comment tenir, dans ce contexte difficile, face aux menaces, aux dangers terroristes ? Et lorsque le doute s’installe, lorsque la volonté se fissure, que reste-t-il à faire ? La réponse nous est ici donnée, se serrer les uns contre les autres, chanter,  croire. Chaque plan est une perle d’émotion, chaque parole prête à réflexion. Dans une éclatante lumière, ces sept moines tirent leur révérence, sur l’air célèbre de Tchaïkovski.

 Si nous ne pouvons refaire le passé, à notre échelle, souvenons-nous de l’importance de la communauté, qu’ensemble, nous pouvons plus. 

 

 

 

Article écrit de ma main, publié dans le journal Le Moulin Rouge. Octobre 2010 

 

 

                        19478859.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100719_050155.jpg .

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