Le Saut de l'Ange

Publié le par Le Masque aux Fissures

Cet écrit que j'ai intitulé "Le Saut de l'Ange" remonte à une période d'amours complexes... Que je ne dévoilerai pas ici. Oh, de toutes façons, les amours sont rarement simples.

Et il leva les yeux. Le regard timide et évasif, la pensée vagabonde. Face à lui, la plaine semblait s’étendre sur des lieues et des lieues. L’horizon même ne semblait pas la dissimuler. Un rictus courba ses lèvres desséchées par l’absence du fluide qui lui était vital. Le chemin s’arrêtait ici. Un long chemin bordé d’arbres, de fleurs, de couleurs vives, éclatantes. Leur reflet brillait encore dans son esprit. Hésitant un instant, il se reprit. Ne lui avait-on dit qu’il avait des ailes ?

Le soleil semblait s’être évanoui, un instant, et même Orion ne lui donnait nulle lumière. L’obscurité avait gagné les environs, ne restait qu’une infime lumière. Dans sa poitrine, un souffle. Suivant le zéphyr,  la lumière revint. L’être regarda devant lui. La pente semblait rude. Il déploya ses ailes, et dans un mouvement peu maîtrisé, il prit son envol. Et il éclipsa l’astre solaire, en fut illuminé. En lui, un flot de lumière semblait s’agiter sans interruption. La nimbe qui auréolait sa chevelure brillante reprenait peu à peu sa vigueur. Non, il n’était ni ange, ni démon. Ni paria, ni misérable. Son nom n’importait plus. Il avait été oublié, d’ailleurs. Ne restait que le souvenir de quelques syllabes prononcées mollement, nuancées d’un certain désintérêt. Et sous ce halo immaculé, sans que nul n’ait à poser son regard, l’existence de cet être prenait soudain du sens. Mais, tel Icare, il tenta de toucher ce feu. La chute fut brève. De branche en branche, les épines agressant sa peau luisante, il vit le sol s’approcher. Et ce qu’il croyait la terre ferme n’était en vérité qu’un leurre.

Dès que son pied léger se posa, tout s’effondra, et le fossé de son esprit se creusa sous lui. Ainsi, cette pénombre qu’il haïssait, il la maudit à nouveau. Mais au fond de lui, restait cette lumière, infime et pourtant chaleureuse. Il la serrait autant que possible, recroquevillé dans un coin de ce cachot de boue, attendant L’Instant. L’Instant où la lumière reviendrait, où les feuillages seraient réduits au néant. Enfin, ils vinrent déposer leur douceur au fond de cette fosse. L’être ailé en fut baigné. Il se redressa, lentement, déployant ses membres. Et soudain, il s’éleva. Les yeux fermés, les cheveux portés par un souffle divin, il se laissa porter. Et son pied retoucha l’herbe vive. Se tenant droit, il ouvrit les yeux. Une main tendue vers lui l’appelait. Il tendit la sienne, et fit un pas. Il ne trébucha pas, malgré les heures passées qui avaient ankylosé ses membres. Son pas fut sûr et déterminé. Il voulait saisir cette main. Et plus rien ne comptait pour lui si ce n’est ces doigts délicats qu’il serrerait doucement, comme un trésor. Cette main, c’était un Salut.  Une éternité.  Un sourire dans lequel on se perd…

 

© Alexis S.D.

Publié dans Au gré de ma plume...

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Camilla 22/02/2010 21:54


Juste, waw.